
Tour d'Europe des produits laitiers - Étape 2 : Prague 🇨🇿
Après un trajet paisible à travers la campagne et les forêts entre Munich et Prague, me voilà dans la capitale tchèque, scanner en main, prêt à explorer l'offre en produits laitiers locaux.
Petit rappel sur la méthode
Pour ceux qui nous rejoignent, lactose.help classe les produits selon leur risque maximal de lactose, de A (risque très faible, consommation sereine) à E (risque élevé, à éviter). Vous pouvez consulter la méthodologie complète ici.
Le trajet : autonomie obligatoire
Dans le train, un chariot de restauration passait régulièrement. Mais après l'expérience munichoise, je n'ai pas eu le courage de tenter ma chance. Heureusement, j'avais prévu le coup : deux pretzels nature dans mon sac m'ont permis de tenir jusqu'à l'arrivée.
Un contraste marqué avec l'Allemagne
Le changement est assez radical par rapport à Munich. Là-bas, la plupart des produits scannés figuraient déjà dans la base de données d'Open Food Facts. Ici, à Prague, non seulement je ne parle pas tchèque, pas plus que l'allemand d'ailleurs, mais en plus, peu de produits sont référencés.
Lors du développement de lactose.help, nous avions anticipé cette situation. L'application vous propose alors de prendre deux photos : la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel. Une fois ces images envoyées au moteur d'intelligence artificielle, la réponse tombe en quelques secondes.
Je peux vous confirmer que ce mode est particulièrement utile, non seulement chez soi, mais surtout en déplacement quand on ne maîtrise pas la langue locale.
Exploration du supermarché Albert
Les produits sans lactose : une bonne surprise
J'ai été agréablement surpris de découvrir une large gamme de produits sans lactose (bez laktózy en tchèque, soit une teneur inférieure à 0,01 g pour 100 g). La marque Nature's Promise propose notamment du lait demi-écrémé, du lait entier, du beurre, du yaourt au bifidus et du gouda.
Les produits laitiers locaux : une richesse à explorer
Premier constat : la majorité des fromages proposés sont importés, avec peu de production locale au rayon fromage. En revanche, les Tchèques utilisent beaucoup de produits laitiers spécifiques à la région, et c'est là que ça devient intéressant.
**Concentration en lactose A (Sûr, maximum 0.1 g / 100 g) : **
- Krolewski (A) : un fromage polonais populaire, semi-dur, à pâte pressée, au lait de vache. Une valeur sûre.
- Madeland (A) : un fromage tchèque similaire au Leerdammer ou au Maasdam, avec ses trous caractéristiques et son goût doux légèrement sucré.
**Concentration en lactose B (Généralement sûr, maximum 0.5 g / 100 g) : **
- Pareničky (B) : de petits fromages en forme de rubans enroulés, typiques de Slovaquie, à la texture élastique et au goût fumé caractéristique. La variante Gulôčky, sous forme de boulettes, présente la même concentration en lactose.
- Jadel (B) : un fromage filé tressé à la main, conservé dans une saumure, similaire à la mozzarella tressée ou au fromage syrien/libanais jibneh.
- Sedlčanský Hermelín Original (B) : un fromage à croûte fleurie de type camembert.
- Muránska Ovčia Bryndza (B) : bryndza de brebis de Muráň, un fromage à tartiner traditionnel slovaque au lait cru de brebis.
**Concentration en lactose C (Prudence, maximum 1 g / 100 g) : **
- Beurre classique (C) : comme ailleurs en Europe.
- Niva (C) : un fromage bleu crémeux au goût prononcé.
- Muránsky Ovčí Syr Hucul (C) : fromage de brebis Hucul de Muráň, un fromage artisanal slovaque fabriqué à partir de lait cru de brebis.
**Concentration en lactose D (Risqué, maximum 1.5 g / 100 g) : **
- Muránsky Ovčí Údený Syr (D) : la version fumée du précédent.
**Concentration en lactose E (Risque élevé, minimum 1.5 g / 100 g) : **
- Kefir : comme partout, trop concentré en lactose.
- Lait acidophile (en tchèque : Acidofilní mléko) : similaire au kéfir ou au lait ribot, il contient des probiotiques bénéfiques pour la digestion mais reste trop riche en lactose.
- Crème fraîche liquide (en tchèque : Smetana) : sans surprise.
- Fromage frais type Philadelphia (en tchèque : Sýr čerstvý termizovaný) : à éviter.
- Tvorog (tchèque : tvaroh, slovaque : tvaroh, polonais : twaróg, russe : творог, lituanien : varškė, hongrois : túró) : un produit laitier fermenté à base de caillé blanc et mou, traditionnel en Europe centrale et orientale. Obtenu par fermentation du lait puis élimination du lactosérum, il se décline selon sa teneur en matières grasses (sans matière grasse, faible, classique, gras) et sa texture (simple, doux, granuleux). Malheureusement, ceux que j'ai analysés sont très concentrés en lactose.
- Fromage frais au tvaroh à la crème (version Smetanová = crémeuse) : comme ils ajoutent de la crème et du lactosérum au tvaroh, c'est à proscrire encore plus que le fromage frais classique.
- Koliba : un fromage filé, fumé, de type parenica ou oštiepok, typique d'Europe centrale. Sa texture élastique et son goût fumé prononcé sont tentants, mais il reste trop concentré en lactose.
- Balkánský sýr (fromage des Balkans) : un fromage blanc de type feta, à éviter.
- Blaťácké zlato ("L'or de Blatná") : un fromage semi-mou affiné au froid, malheureusement trop riche en lactose.
- Kysané podmáslí : le babeurre fermenté (podmáslí en tchèque, cmar en slovaque), au goût acidulé et rafraîchissant similaire au kéfir ou au lait ribot breton. À éviter également.
Vous l'aurez remarqué : cette liste inclut aussi des produits des pays voisins, Balkans, Slovaquie, Pologne, typiques de toute la région d'Europe centrale.
Un point important : les classifications ci-dessus proviennent de l'analyse d'un produit spécifique et ne sont pas à généraliser à tous les produits du même type. Elles donnent une indication, mais testez toujours vos produits avec l'application pour en avoir le cœur net. Vous pourriez être surpris des différences entre deux produits similaires de fabricants différents.
Une anecdote locale savoureuse
En scannant méthodiquement le rayon, j'ai engagé la conversation avec une cliente. Je lui ai confié que j'espérais ne pas trop attirer l'attention en photographiant tous leurs produits laitiers. Sa réponse m'a surpris : apparemment, c'est très courant ici. Le président tchèque serait un gros industriel de l'agroalimentaire, et certains consommateurs refusent d'acheter ses produits par conviction politique. Il existe même une application dédiée pour identifier et éviter ces produits.
À la recherche d'une fromagerie
J'ai cherché une fromagerie sur Google Maps et trouvé ce qui semblait prometteur d'après les photos : Francyr. Le nom ne m'a pas mis la puce à l'oreille. Sur place, j'ai découvert une majorité de produits français, suisses, espagnols et anglais, mais très peu, voire pas, de fromages locaux.
La conclusion s'impose : les fromageries artisanales ne font pas vraiment partie de la culture pragoise. Les locaux achètent leurs produits laitiers en grande surface, où l'on trouve finalement la meilleure représentation des spécialités régionales.
Les réalités glamour du voyage avec une intolérance
Parlons peu, parlons bien : le transit intestinal est influencé par notre alimentation, notre niveau de stress, nos routines. En voyage, tout cela est bousculé. Chez moi, je mange du yaourt aux myrtilles et noix de pécan au petit-déjeuner. En déplacement, c'est simplement trop compliqué à organiser.
Résultat : même sans ingérer de lactose, des variations peuvent survenir. Avec toutes les joies que cela implique lors des trajets en train. Je vous laisse imaginer.
Se nourrir à Prague : un défi
Le soir, trouver un restaurant n'a pas été simple. Certains établissements n'affichaient pas de carte des allergènes et le personnel n'était pas formé sur le sujet. J'ai fini par opter pour un restaurant végétalien pour éviter tout risque. Mais à Prague, ils ne sont pas légion.
Le lendemain matin, même difficulté pour le petit-déjeuner. J'essaie de ne pas acheter plus que nécessaire pour ne pas me surcharger. Finalement, des onigiris ont fait l'affaire.
Conclusion
Cette étape tchèque a été nettement plus difficile que Munich. Peu de listes d'allergènes disponibles, personnel rarement formé sur le sujet.
En revanche, je n'ai pas été déçu par la découverte des produits typiques d'Europe centrale que je ne trouve pas en Belgique. Une observation intéressante : en Belgique et en Allemagne, la plupart des produits se situent soit en A/B, soit en E, avec le beurre en C comme exception. Ici, une plus grande variété de produits se retrouve aussi en C et D. Cela demande plus de vigilance, mais il reste tout à fait possible de trouver son bonheur parmi les fromages locaux.
Retrouvez-moi demain pour la prochaine étape de mon tour d'Europe des produits laitiers : Graz en Autriche !
Et vous, avez-vous déjà voyagé en Tchéquie avec une intolérance au lactose ? Partagez vos expériences en commentaire !
Aucune des marques ou enseignes citées n'est impliquée dans un partenariat. Si c'était le cas, ce serait mentionné clairement.
Pour aller plus loin
J'ai écrit le guide pratique Mieux vivre avec son intolérance au lactose : Le guide pratique pour comprendre, réintroduire et savourer les produits laitiers, disponible sur book.lactose.help. Pour le moment, le livre n'est disponible qu'en français, mais vous pouvez voter pour votre langue sur lactose.help/book. Nous traduirons le livre en fonction des votes reçus.